Journal de bord

Les deux premiers mois du voyage je n'ai quasiment pas conduit le camion. Je crois que j'avais peur d'avancer vers l'inconnu.

En fait j'étais submergée par une multitude de peurs. Celle d'avoir quitté mon travail en Suisse bien payé dans un atelier exceptionnel, d'avoir quitté un bel appartement à bon prix et avec beaucoup de charme dans lequel j'ai vécu 8 ans. De mettre de côté mon propre atelier stocké désormais dans le garage de mes parents jusqu'à nouvel ordre, et la peur de décevoir mon entourage avec mes choix.

En 10 ans à Genève j'avais trouvé ma place dans mon milieu professionnel, rencontré une poignée de personnes qui m'ont fait confiance, soutenue, aidée, encouragée. J'ai travaillé dur et je me suis consacrée à une carrière d'artiste en quête de reconnaissance. J'étais bien entourée.

J'ai investie mon temps et mon argent dans ma carrière. Je passais une partie de mon temps à travailler pour quelqu'un d'autre, afin de pouvoir investir l'autre partie de mon temps dans des œuvres qui n'allaient pas couvrir les frais qu'elles me coûtaient à fabriquer. Quelque chose ne tournait pas rond. Je ne prenais plus autant de plaisir à créer, commencer ou terminer une pièce devenait une corvée, depuis quelques temps j'avais perdu l'enthousiasme.

Je me définissais par mes études et mon travail. J'étais Florie Dupont créatrice de bijoux contemporains. Je m'infligeais une pression constante de répondre à ce titre et d'honorer cette étiquette, et j'en oubliais beaucoup du reste. En me donnant pour mission de réussir à vivre de cette unique passion, j'en oubliais petit à petit de vivre toutes les autres.

J'ai vu des gens autour de moi aux carrières brillantes traverser des dépressions ou faire des Burn-Out. En 2014, à 30 ans, j'ai obtenu un Master en design avec les félicitations des jurés, trois mois après m'être fracturé le bassin à vélo, puis remporté un prix prestigieux en même temps que je vivais une séparation amoureuse douloureuse. J'étais jeune, mais je me sentais fatiguée. J'avais besoin d'air, de repos, de ne rien faire, juste le temps qu'il me faudrait pour être heureuse.

Et puis il y a mes parents, si souvent inquiet, et que j'ai toujours eu si peur de décevoir. Je comprends petit à petit que leurs inquiétudes sont leur manière de me dire "prends soin de toi ma fille, on a peur de souffrir en retour si tu devais être malheureuse". Je conçois que mes choix impliquent aux autres un travail sur eux même. Je sais que ce travail nous rapproche et consolide les liens.

Puis Jérôme est arrivé dans ma vie, alors qu'il vivait lui aussi une séparation amoureuse. Je crois qu'on avait tellement d'amour à vivre et à partager qu'on s'est tout de suite comprit. À ses côtés j'ai retrouvé l'enthousiasme, l'envie de créer au delà de ce que je connaissais déjà. Ensemble on n'a jamais cessé d'agir avec amour, et de travailler sur nos peurs.

C'est en route, pendant le voyage, que j'ai trouvé la liberté puis retrouvé l'inspiration. Il m'a fallut d'abord accepter d'être libre après m'être imposé tant de barrières. Je retrouve le souffle. Couture à la main et fabrication de vêtements, tissage de bijoux en perles, suspensions pour plantes, sacs à dos et bijoux en macramé, attrapes-rêves en matériaux naturels et de récupération, le camion déborde sous l'explosion de mes productions.

J'ai le temps de méditer sur mon statut de créatrice. Le souffle d'enthousiasme qui m'aspire à créer est le même, qu'il s'agisse d'une pièce de joaillerie ou d'un bijou en macramé.

Notre désir de créer est plus fort que tout. Créer notre histoire, notre maison, notre jardin, notre atelier qui nous permettra lui-même de créer tout ce que l'on peut imaginer, et bien plus encore...

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